COMPTE RENDU RENTREE ECONOMIQUE DU PATRONAT
10 septembre 2026, Siège du GECAM, Douala
Introduction
Le Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM) a tenu, le 10 septembre 2026 à son siège à Douala, la deuxième édition de la Rentrée économique du Patronat, rendez-vous désormais consacré à l’expression publique du secteur privé sur la situation et les perspectives de l’économie camerounaise. La première édition s’était tenue en septembre 2024. L’édition de 2025 n’avait pas été organisée, dans un contexte marqué par l’échéance présidentielle d’octobre 2025. Cette deuxième édition a ainsi permis au Patronat de renouer avec cet exercice et de porter, après deux années, une appréciation de la trajectoire de l’économie camerounaise et des conditions d’activité des entreprises. Cette Rentrée économique du Patronat se veut un moment de réflexion, d’éclairage et de contribution du secteur privé au débat économique national. Comme l’a souligné le Président du GECAM dans son discours, le secteur privé ne s’exprime pas en « arbitre extérieur », mais en acteur de terrain, directement confronté aux réalités de production, d’investissement et d’emploi. Cette édition revêtait une importance particulière en raison de la préparation de la Loi de finances 2027 et de la nécessité de créer les conditions d’une accélération de la croissance et de la transformation structurelle du Cameroun.
La rencontre s’est déroulée en deux séquences principales.
- Présentation de la situation économique par le Président du GECAM
Dans une première séquence, le Président du GECAM, Monsieur Célestin Tawamba, a présenté une lecture de la situation économique du Cameroun, en mettant l’accent sur les facteurs qui ont influencé la trajectoire récente de l’économie ainsi que sur les conditions d’exercice de l’activité privée. Il a placé son analyse dans la perspective de l’élaboration du budget 2027 et des ambitions de transformation économique du Cameroun. Quelques enseignements du discours.
- Un environnement international particulièrement contraignant
Le Président du GECAM a d’abord rappelé la forte exposition de l’économie camerounaise aux évolutions géopolitiques et géoéconomiques internationales. Il rappelle que la crise au Moyen-Orient et les perturbations du détroit d’Ormuz ont notamment provoqué une forte volatilité des cours du pétrole et une hausse des coûts du transport maritime et des intrants. Le cours du baril, autour de 72,5 dollars fin février 2026, a atteint jusqu’à 126 dollars, alors que le budget camerounais avait été construit sur une hypothèse de 62 dollars. Il tout de même le paradoxe auquel le Cameroun est confronté : malgré son statut de producteur de pétrole, le pays importe une grande partie des carburants qu’il consomme. Au premier trimestre 2026, les recettes pétrolières auraient ainsi reculé de 35 % malgré la hausse des cours. Dans ce contexte, la croissance mondiale est attendue à 3,0 % en 2026, contre 3,5 % en 2024 et 2025, tandis que la croissance de l’Afrique subsaharienne devrait ralentir de 4,5 % en 2025 à 4,3 % en 2026. La CEMAC devrait également connaître un ralentissement, avec une croissance projetée à 3,2 % en 2026 contre 3,4 % en 2025.
- Une croissance camerounaise résiliente, mais insuffisamment transformatrice
Au niveau national, le Président du GECAM a relevé l’écart entre les hypothèses budgétaires et les prévisions du FMI. Alors que la Loi de finances retenait une croissance de 3,9 % en 2025 et 4,3 % en 2026, le FMI estimait respectivement cette croissance à 3,1 % et 3,3 %. Cette croissance s’est finalement établie à 3,5 % en 2025 selon l’INS, soit un niveau proche de celui de 2024. Le Président du GECAM a toutefois insisté sur le fait que cette performance demeure éloignée des ambitions de transformation portées par la SND30. La structure sectorielle de la croissance constitue une préoccupation particulière avec le secteur primaire qui est passé de 3,6 % à 1,7 %, l’agriculture d’exportation de 8,7 % à -3,2 %, le secteur secondaire stagne autour de 2 %, l’industrie agroalimentaire ralentit de 4,2 % à 3,2 %, tandis que le tertiaire progresse de 4,6 %, notamment grâce aux services financiers et aux télécommunications, dont la croissance dépasse 9 %. Cette structuration où les services progressent beaucoup plus rapidement que l’agriculture, l’industrie et l’agro-industrie, laisse s’interroger la transformation économique.
- Investissement public : le coût de la non-décision
L’une des alertes majeures du discours a porté sur le niveau d’exécution de l’investissement public. Le président à d’ailleurs rappelé qu’en fin mars 2026, les dépenses d’investissement de l’État s’établissaient à 45 milliards FCFA, contre 175,5 milliards FCFA un an auparavant, soit une baisse de 74,4 %. Le taux d’exécution des crédits d’investissement était alors de seulement 2,2 %. Ce décalage entre les ressources mobilisées, les investissements programmés et les réalisations effectives constitue une source majeure de préoccupation.
- Fiscalité et finances publiques : la nécessité d’un changement de paradigme
Le GECAM a relevé que les objectifs assignés à l’administration fiscale augmentent à un rythme supérieur à celui de la croissance économique. Les recettes fiscales attendues passent ainsi de 3 200 milliards FCFA en 2025 à 3 600 milliards en 2026, soit une progression de 12,5 %, alors que l’économie ne croît que de 3,5 %. Les recettes internes non pétrolières doivent également passer de 13,2 % à 13,9 % du PIB. Ce qui entraîne une crainte qu’une telle dynamique ne conduise à une pression accrue sur les entreprises formelles et à un recours plus important à l’endettement non concessionnel. L’encours de la dette publique est estimé à 15 607 milliards FCFA à fin juin 2026, soit 44,2 % du PIB. Le service de la dette absorbe près de 40 % des charges, contre 23 % pour l’investissement public. Pour le GECAM, la question essentielle n’est donc pas uniquement celle du niveau de la dette, mais celle de l’usage qui est fait des ressources empruntées. Le Président du GECAM a particulièrement insisté sur la transformation de la structure budgétaire, dont les dépenses de fonctionnement sont passées de 65,1 % à 79,2 % entre 2016 et 2026, alors que les dépenses d’investissement sont passées de 34,9 % à 20,8 % sur la même période. Il estime que cette évolution doit être inversée, en formulant à l’égard de la Loi de finances 2027 que les dépenses fonctionnement devraient progresser moins vite que les dépenses d’investissement. Pour lui, un budget qui accroît les prélèvements sans accroître suffisamment les capacités productives ne peut être considéré comme un véritable budget de développement.

- Quelques contraintes persistantes sur la compétitivité
- L’énergie
L’énergie a constitué l’un des principaux sujets de préoccupation du Patronat. Malgré les réformes institutionnelles engagées et l’entrée en production de 420 MW supplémentaires de Nachtigal, la réalité des entreprises demeure celle d’une énergie jugée rare, coûteuse, instable et trop souvent inaccessible. D’ailleurs, 65 % des entreprises camerounaises recourent à un groupe électrogène pour maintenir leur activité. Alors que le coût de cette autoproduction est estimé entre 200 et 350 FCFA/kWh, contre un tarif industriel situé entre 50 et 99 FCFA/kWh, soit deux à sept fois plus cher que l’électricité fournie par le réseau. Le problème ne porte plus uniquement sur la capacité de production, mais sur la capacité à transporter et distribuer effectivement l’électricité jusqu’aux entreprises et aux zones industrielles. Il demande par conséquent le raccordement effectif des zones industrielles à la capacité déjà installée et un calendrier public de résorption du déficit énergétique.
- Infrastructures routières
Le deuxième grand facteur structurel de compétitivité abordé concerne les infrastructures routières. La Loi de finances 2026 avait prévu 660,4 milliards FCFA pour l’achèvement de grands projets et le lancement de nouveaux chantiers, avec une ambition d’environ 650 km de routes bitumées et plus de 1 300 mètres linéaires d’ouvrages d’art. Cependant, le constat est la dégradation persistante de plusieurs corridors économiques, notamment Douala–Bafoussam, Douala–Yaoundé, Édéa–Kribi, Ngaoundéré–Kousseri, etc. A cet état, les coûts de transport ont progressé de 11,5 % en 2023 puis de 12,3 % en 2024, tandis que les dysfonctionnements du corridor ferroviaire Douala–Ngaoundéré engendreraient un surcoût logistique estimé entre 15 % et 20 % pour certaines marchandises. Le Président du GECAM a résumé cet état par une formule particulièrement forte : « Une route dégradée est un impôt. »
- Fiscalité
Certes, la qualité du dialogue engagé avec l’administration fiscale est reconnue, notamment dans le cadre de la préparation de la Loi de finances 2027, mais le système fiscal souffre d’une instabilité et d’une complexité excessives. Le Code général des impôts n’aurait pas connu de refonte structurelle depuis 2002 et aurait été modifié plus de 2 500 fois. La seule Loi de finances 2026 a modifié 127 articles, contre 57 l’année précédente, et introduit plus de 40 nouveaux frais et redevances relevant d’une quinzaine de ministères. Le GECAM considère dès lors que la refonte du Code général des impôts doit devenir une réforme structurante, préalable à l’amélioration durable du climat des affaires.
- Financement de l’économie : un crédit plus rare et plus cher
L’accès au financement reste l’un des principaux freins à l’investissement et à l’emploi, particulièrement pour les PME. Au premier trimestre 2026, les banques camerounaises auraient accordé 1 337 milliards FCFA de crédits nouveaux, contre 1 887 milliards un an auparavant, soit près de 550 milliards FCFA de moins. Parallèlement, le taux débiteur moyen est passé de 8,26 % à 9,03 %. Le Président du GECAM en soulignant le poids croissant de l’État dans le système bancaire et les risques d’éviction du secteur privé, demande l’apurement des arriérés dus aux entreprises, un calendrier de désengagement progressif de l’État du secteur bancaire, la mise en œuvre d’une politique de financement moins coûteuse, un régime fiscal plus favorable au crédit-bail, notamment pour l’équipement des PME.
- Transition numérique : exploiter les capacités déjà disponibles
Le GECAM reconnaît des avancées dans la dématérialisation des services publics, mais estime que la transformation numérique du Cameroun demeure freinée par la sous-utilisation des capacités de connectivité disponibles, le coût élevé du haut débit et l’insécurité juridique. Le taux de pénétration du haut débit serait resté autour de 22 % depuis 2016, tandis que le haut débit fixe serait trois à quatre fois plus coûteux qu’au Rwanda ou au Ghana. En relevant l’absence persistante de l’autorité chargée de la protection des données personnelles, ainsi que le retard dans l’encadrement de l’intelligence artificielle, le GECAM appelle donc à un « électrochoc numérique », articulé autour de la mise en service des capacités déjà installées, de l’installation effective de l’autorité de protection des données, de la dématérialisation intégrale des procédures fiscales et douanières, et de l’intégration de l’intelligence économique dans les politiques publiques.
- Patriotisme économique, Made in Cameroon et import-substitution
Le Patronat considère que l’ouverture économique ne doit pas conduire à l’éviction des entreprises camerounaises. Le patriotisme économique défendu par le GECAM n’est cependant ni une fermeture du marché ni un rejet de l’investissement étranger. Il vise plutôt à faire en sorte que l’investissement contribue effectivement au développement des capacités nationales, au transfert de technologie et au renforcement du tissu productif. En relevant que le déficit commercial a atteint 2 145 milliards FCFA en 2025, contre 1 747 milliards en 2024, tandis que le taux de couverture est passé de 65,1 % à 59 %, le GECAM appelle à transformer le « Made in Cameroon » et l’import-substitution en une véritable doctrine industrielle, fondée notamment sur la mise aux normes de l’offre locale, une préférence nationale ciblée, une protection temporaire des écosystèmes productifs émergents, la promotion de la commande publique nationale, le transfert effectif de technologie et de savoir-faire.
- Formalisation de l’économie : rendre la formalité économiquement attractive
Le GECAM estime que l’informalité ne doit pas être appréhendée uniquement sous l’angle du contrôle et du civisme fiscal. Pour une petite entreprise, la décision de se formaliser relève d’un arbitrage économique entre les coûts de formalisation et les bénéfices attendus. Lorsque la formalisation entraîne davantage de fiscalité et de contrôles sans améliorer l’accès au financement ou aux marchés, le maintien dans l’informalité peut devenir économiquement rationnel. Le Patronat distingue ainsi l’informalité de nécessité, qui appelle des politiques d’accompagnement et de développement, de l’informalité organisée, pratiquée par des opérateurs disposant de capacités réelles, mais cherchant à échapper délibérément aux obligations fiscales. Il appelle à élargir l’assiette fiscale plutôt qu’à augmenter indéfiniment la pression sur les mêmes contribuables.
- Une exigence transversale : passer de l’annonce à l’impact
Au-delà des différents secteurs examinés, le discours du Président du GECAM a fait émerger une préoccupation commune : le déficit d’exécution des décisions publiques. En relevant quelques instruments existants de la SND30, le GECAM rappelle que le problème n’est pas nécessairement l’absence de politiques, mais leur mise en œuvre effective et mesurable. Il propose de placer le résultat économique au centre du dialogue public-privé en y associant un indicateur, une échéance, une évaluation, un responsable clairement identifié.

- Échanges
La seconde séquence a été consacrée à un échange direct entre les journalistes et les membres du Conseil d’administration du GECAM présents. Cette interaction a permis à la presse de solliciter des précisions sur les différents constats et propositions exposés dans le discours du président du GECAM. Les préoccupations ont porté respectivement sur :
- La gouvernance et conjoncture économique ;
- La fiscalité et crédits de TVA ;
- Le Déficit énergétique, ainsi la que la confiance que le patronat accorderait au management de la SOCADEL pour redresser la situation actuelle ;
- Les Normes Union européenne (UE) relatives à la réglementation interdisant l’importation de cacao issu de la déforestation ;
- La faiblesse de la croissance du secteur primaire ;
- La posture du patronat sur la demande de pause fiscale ;
- Les leviers à activer pour concilier consolidation budgétaire, baisse de la pression fiscale et relance des investissements publics sans déstabiliser les finances de l’État ;
- Le niveau d’exigence et de pression que compte exercer le GECAM vis-à-vis du gouvernement pour faire respecter ses engagements ;
- Identification des leviers stratégiques du patronat pour stimuler la croissance, la compétitivité et l’emploi face aux freins majeurs (accès au crédit, pression fiscale et coût des facteurs de production).
Suite à ces préoccupations, le Conseil d’Administration du GECAM a apporté des éclaircissements sur les zones d’ombre, notamment sur l’échec du projet agricole du patronat, causé par des blocages fonciers ayant entraîné le retrait des financements de la Banque mondiale. Sur le plan fiscal, le GECAM explique ses motivations pour une pause sur les nouvelles taxes, la réduction des retards de remboursement des crédits de TVA et une révision globale d’un système qui asphyxie le secteur formel au profit de l’informel. Aussi, illustrée par une coupure de courant en pleine activité, la crise énergétique nécessite selon lui la réhabilitation urgente des infrastructures existantes. En outre, face aux exigences environnementales de l’Union européenne sur le cacao, le patronat dénonce des barrières commerciales et appelle à une réponse souveraine et concertée des pays producteurs africains.
- Principales orientations du GECAM
À l’issue de cette deuxième édition de la Rentrée économique du Patronat, les principales attentes du GECAM peuvent être synthétisées comme suit :
| Domaine | Principales attentes du secteur privé |
| Croissance | Accélérer la transformation productive et rapprocher la croissance des ambitions de la SND30 |
| Budget 2027 | Faire progresser les dépenses d’investissement plus rapidement que les dépenses de fonctionnement |
| Dette publique | Privilégier les emprunts finançant des actifs et capacités productives |
| Investissement public | Améliorer fortement le taux d’exécution et la qualité des projets |
| Fiscalité | Engager une refonte structurelle du Code général des impôts |
| Financement | Réduire le coût du crédit et améliorer l’accès des PME aux financements |
| Arriérés de l’État | Accélérer l’apurement des sommes dues aux entreprises |
| Énergie | Raccorder effectivement les zones industrielles aux capacités disponibles |
| Routes | Réhabiliter les principaux corridors économiques et réduire les surcoûts logistiques |
| Numérique | Exploiter les infrastructures existantes et renforcer la sécurité juridique |
| Industrialisation | Faire du Made in Cameroon et de l’import-substitution de véritables politiques industrielles |
| Formalisation | Rendre l’entrée dans le secteur formel économiquement attractive |
| Dialogue public-privé | Passer d’un dialogue centré sur les annonces à un dialogue fondé sur les résultats |
Conclusion
La deuxième édition de la Rentrée économique du Patronat 2026 a constitué un important moment d’expression de la communauté des affaires sur la trajectoire de l’économie camerounaise et sur les conditions nécessaires à son accélération.
Deux années après la première édition, le message porté par le GECAM apparaît à la fois lucide, critique et constructif. Le Patronat reconnaît les efforts et certaines avancées enregistrées, mais considère que le Cameroun demeure confronté à des contraintes structurelles qui limitent fortement la capacité des entreprises à investir, produire, employer et exporter. La principale conclusion du diagnostic est que le Cameroun ne manque pas de stratégies, de programmes ou d’annonces ; il doit désormais renforcer l’exécution, la célérité et la mesure des résultats. La préparation de la Loi de finances 2027 constitue, de ce point de vue, une occasion de réorienter les arbitrages en faveur de l’investissement productif, de la compétitivité et du développement des entreprises.
Le GECAM invite ainsi à privilégier une approche fondée sur quelques impératifs majeurs : moins de dépenses improductives, davantage d’investissement ; moins d’incertitude, davantage de visibilité ; moins de complexité, davantage de prévisibilité ; moins d’annonces, davantage de résultats. Le secteur privé réaffirme, dans cette perspective, sa disponibilité à travailler aux côtés des pouvoirs publics, non pas seulement pour commenter les difficultés, mais pour contribuer à leur résolution.
Le président clore son propos par un appel à une responsabilité collective, l’État devant exercer pleinement les leviers dont il dispose, les entreprises devant assumer leurs propres responsabilités et l’ensemble des citoyens étant appelé à participer à la construction d’un environnement économique plus rigoureux et plus productif. Pour lui, le Cameroun n’a pas besoin d’un plan de plus, mais de l’exécution effective de ce qui a déjà été décidé, avec des résultats mesurables et un secteur privé placé au cœur de la transformation économique nationale.

